
J’ai reçu il y a quelques jours une proposition assez inhabituelle.
En résumé, j'ai été invité à l'inauguration d'un partenariat sur le "premier avion électrique certifié au monde".
"Votre intérêt pour la transition énergétique des transports et votre envie de partager votre point de vue à votre communauté, fait de vous un invité de marque pour l’événement du 17/02. […] On a le plaisir de vous inviter à monter à bord de l'avion électrique F-WLAB pour effectuer un vol de découverte."
Après pas mal d’hésitations, j’ai décidé d’y aller, non pas pour faire un tour en avion électrique (là n’est pas mon rôle…), mais plutôt par curiosité pour le sujet.
Alors, qu’est-ce que j’en retiens ?
Sur l’avion électrique en question, d’abord :
👉 C’est un avion de 2 places, développé depuis une petite dizaine d’années (donc pas si nouveau…) avec une vitesse de croisière d'environ 150 km/h, une autonomie d’une heure, un poids de 428 kg à vide et 25 kWh de batteries
👉 En comparaison d’une citadine électrique, le nombre de places est divisé par 2,5, le poids par 3 à 4, la capacité de batterie par 2 et l’autonomie par 3
👉 Les performances par passager sont donc proches, et s’il existe un avion "bas-carbone", c’est bien celui-là
Sauf que…
👉 Les trajets moyens en avion se font sur des distances plus de 20 fois supérieures, avec quasiment 100 fois plus de personnes à bord
👉 Ainsi, et bien que des avions électriques plus capacitaires existent déjà et que des progrès soient encore possibles, malheureusement l’avion électrique restera un marché de niche (former les pilotes, aviation de loisirs, jets privés...!?), sans grand impact dans la décarbonation de l'aviation.
Est-ce donc une bonne idée de tester des innovations de ce type ?
👉 Oui selon moi, il faut bien sûr tester des technologies pour remplacer le pétrole des avions
Pour autant, on doit garder en tête 2 points d’attention
👉 Ne pas créer de nouveaux usages, mais venir en substitution d’usages existants, en particulier s’il n’y a pas d’alternatives plus sobres (train / TGV…)
👉 Surtout, ne pas en faire un argument pour masquer le besoin de sobriété sur le trafic aérien
Car, que cela nous plaise ou non
👉 Aucune technologie ne nous permettra de continuer à faire croître le trafic ou même le garder constant en respectant les trajectoires de l'Accord de Paris (-43 % d'émissions d'ici 2030 pour 1,5 °C ; -27 % pour 2 °C)...
👉 Les limites de l’avion électrique sont aussi valables (bien que dans une moindre mesure) pour l’avion hydrogène, les biocarburants, les carburants de synthèse, les gains d’efficacité énergétique...
👉 Ces technos ne sont pas prêtes à temps, trop chères et/ou pas à l’échelle pour décarboner l'aviation au rythme nécessaire.
Au vu des communications gouvernementales cette semaine encore sur les biocarburants aériens, sans jamais remettre en question la croissance des trafics, il va vraiment falloir changer de vision sur le futur de l'aérien si on prend l'accord de Paris au sérieux...