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Croissance du trafic aérien et décarbonation : un (petit) problème de ressources ?

L’UE a adopté des textes majeurs sur le climat ces dernières années, et c’est sûrement à cet échelon qu’il y a eu les principales avancées politiques pour la décarbonation des transports en France.
La vision de la transition porte sur les leviers technologiques et très (trop) peu sur la sobriété.

Ainsi, pour l'aérien, l'initiative ReFuelEU Aviation impose l'intégration progressive de carburants d'aviation durables
👉 Une part de 20 % en 2035 et 70 % en 2050
👉 Dont minimum 5 % et 35 % de carburants de synthèse (ou e-fuels)

Mais bien qu'axée sur la technologie, cette politique aura sûrement des impacts significatifs sur la sobriété des trafics, bien qu'ils soient indirects...

En effet, les 2 principales technologies alternatives pour l'aérien sont les e-fuels et les biocarburants
👉 Leur prix est bien plus élevé que le kérosène, ce qui devrait modérer le trafic
👉 Et ils demandent respectivement de très grandes quantités d’électricité et de biomasse pour leur production (ou parfois des 2 pour certains e-fuels)...

Il n’est pas garanti qu'il y en aura assez pour satisfaire à la demande
👉 Par exemple, sans sobriété, décarboner 60 % du trafic aérien français en 2050 par les e-fuels demanderait 170 TWh d'électricité, soit 1/3 de la production française actuelle
👉 Et pour les biocarburants, il y a de forts enjeux de concurrence sur la biomasse et l'usage des sols, entre production de nourriture, de biocarburants, de biogaz, de bois-énergie ou matériaux, dans un contexte d'impacts climatiques croissants, de dégradation des puits de carbone et de la biodiversité...!

Ainsi, dans la préparation en cours de la Stratégie Française Energie Climat
👉 La croissance de l'aérien a été revue à la baisse, avec une projection de trafic stable sur 2030-2050 pour l'international et en baisse forte pour la Métropole, des changements majeurs par rapport aux prospectives précédentes
👉 Malgré cela, le scénario ne boucle pas, ni en électricité, ni en biomasse, appelant à des arbitrages supplémentaires pour réduire la demande...! (cf SGPE et Contexte)

La vision de la décarbonation de l’aérien franchit progressivement plusieurs étapes
👉 Jusqu’à il y a 3 à 5 ans, le discours ne résumait à "L’aérien c’est 2-3 % des émissions mondiales [sans mentionner les effets hors CO2, ni les inégalités d'usages], donc il n’y a pas de quoi en faire un bouc-émissaire"
👉 Puis s’est ajouté à cet argument un volontarisme plus fort, du type "Nous avons les solutions technologiques pour décarboner le secteur"
👉 Et maintenant que les politiques ont pris au mot le discours du secteur, arrive la confrontation avec la réalité, et la prise de conscience du besoin de sobriété des trafics pour se décarboner

La prochaine étape sera de planifier cette sobriété, pour qu’elle soit plus choisie, juste et accompagnée… plutôt que subie.
Cette étape n’ayant pas encore vraiment démarré, quasiment tout reste à faire.