
Pourquoi les émissions du transport de voyageurs se sont éloignées de ce qui était prévu dans la dernière Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) validée en 2020 ?
Entre 2015 et 2023, les émissions du transport intérieur de voyageurs
👉 Devaient baisser de -14,6 % et de -13,5 MtCO2e
👉 Elles ont baissé de -11,0 % et de -10,5 MtCO2e
Cela indique qu’environ 3/4 des baisses d’émissions prévues dans la SNBC ont été atteintes.
L’objectif a ainsi été manqué, sans pour autant en être très éloigné.
Pourquoi ces écarts ?
👉 L’analyse ci-dessous décompose l’évolution des 5 leviers de décarbonation, entre ce qui était prévu par la SNBC (à gauche) et ce qui a été observé (à droite)
👉 Le périmètre de l’analyse est celui de la SNBC : hors aérien international, et tous les gaz à effet de serre compris (équivalent CO2)
Voilà les écarts qu’on observe…
🔴 La demande de transport était anticipée en hausse significative (+4,6 %), au final très modérée (+0,4 %).
La combinaison des 4 facteurs suivants devait amener à des baisses d’émissions par km de -2,5 %/an en moyenne, mais a été seulement de -1,5 %/an.
🟠 L’effet du report modal a été moins important qu’attendu (-1,2 % au lieu de -2,1 %, malgré une baisse plus marquée que prévu du trafic en voiture), en raison d'un retard important sur le développement du vélo et un peu du ferroviaire, une baisse des bus et cars, et une trop forte hausse de l'aérien
🟡 Le remplissage des véhicules a contribué de manière proche à ce qui était attendu, bien que cela cache des tendances contrastées par mode de transport
Ⓜ️ La baisse des consommations énergétiques des véhicules est le facteur qui a accumulé le retard le plus important par rapport à ce qui était prévu dans la SNBC (-5,7 % au lieu de -13 %), en raison d’un renouvellement du parc moins important et surtout moins vertueux qu’espéré (véhicules peu sobres, SUVs...)
🔵 Enfin, la baisse observée de l’intensité carbone de l’énergie a été légèrement supérieure à ce qui était prévu, en bonne partie en raison de la baisse des émissions de HFC des systèmes de climatisation
➡️ Au global, le fort retard sur les baisses de consommation des véhicules n'a été que partiellement compensé par une demande moins forte que prévue, en bonne partie en lien avec le Covid.
On pourrait se dire qu’avoir rempli déjà 3/4 de l’objectif, c’est déjà pas mal !
👉 Oui, mais…
👉 Les émissions ont été stables en 2024 au lieu de baisser, ainsi l’écart se creuse. Sur 2015-2024, on n’atteint plus que 59 % de l’objectif de baisse
👉 Et ce retard intervient alors que les objectifs d'ici 2030 sont désormais plus ambitieux et nécessitent d'accélérer les baisses d'émissions
Alors que le gouvernement est pressé de reprendre la main sur les sujets environnementaux après de nombreux reculs…
👉 La mobilité doit faire l’objet d’une attention renouvelée
👉 Au vu de ce retard sur les objectifs climatiques, mais aussi pour des raisons sociales (dépenses contraintes) ou géopolitiques (dépendance au pétrole)…!

🔍 La publication complète "Comment évoluent les émissions du transport de voyageurs en France ?" est à retrouver sur le site de la Chaire Energie et Prospérité.