Sélectionner Une Page

Tout le monde est d’accord sur le principe : mieux vaut transporter nos marchandises en train plutôt qu’en camions.

Et pourtant, cela fait des décennies que les plans de relance du fret ferroviaire se succèdent et manquent leurs cibles.
Dernier en date, le plan de 2021 a pour objectif de doubler la part modale du fret ferroviaire d’ici 2030.
Y a‑t-il des chances que ça fonctionne, cette fois ?

Tout d’abord, quelle évolution historique ?
👉 La part du ferroviaire dans les trafics a quasiment atteint 80 % du fret il y a un siècle, avant de baisser à 10 % depuis 2005
👉 Les trafics ferroviaires ont été maximums en 1974 à… 74 Md de tonnes.km transportés. Ils sont entre 30 et 36 Gt.km depuis 2009, soit une division par 2 à 2,5

Pourquoi un tel déclin du ferroviaire ?
👉 Manque d’investissements dans les infras, qualité de service insuffisante, désindustrialisation et faible dynamisme des ports français…
👉 Mais surtout, un essor incroyable du transport routier : c’est toute l’organisation de la logistique qui s’est faite autour des poids lourds
👉 Si la part du ferroviaire est passée de 60 % à 10 % depuis 1960, c’est certes parce que les trafics en train ont fait - 37 %, mais surtout parce que le routier a été multiplié par 10 !

Plusieurs points sont toujours absents des réflexions et politiques publiques...

Quelle (dé)croissance de la demande ?
👉 Si la demande de transport de marchandises fait +10 % d’ici 2030, le ferroviaire doit faire +120 % pour doubler sa part modale
👉 Si la demande fait -20 %, les trafics ne doivent faire plus "que" +60 %
👉 La modération de la demande est donc très structurante, mais (quasi-)absente des politiques publiques

Assumer de faire baisser le routier ?
👉 Si on augmente la part du ferroviaire, c’est pour faire baisser celle du routier
👉 C’est aussi la condition pour obtenir des baisses d’émissions
👉 Mais les politiques ne cherchent pas à décourager l’usage du routier, sans quoi de forts reports modaux seront impossibles

Des évolutions plus larges ?
👉 Economie : anticiper les volumes par secteur, la relocalisation…
👉 Logistique : desserrer les contraintes temporelles, par ex. réguler les livraisons rapides
👉 Aménagement du territoire : incohérences avec les constructions d'autoroutes ou d'entrepôts en périphérie, qui renforcent la dépendance au routier

Que retenir ?
👉 L’objectif à 2030 risque d’être manqué (cf graphe ⬇️)
👉 A la fois par un soutien insuffisant au ferroviaire
👉 Mais surtout parce que la seule politique de soutien au ferroviaire est insuffisante pour contester sérieusement l’hégémonie actuelle du routier
👉 Malgré les échecs passés, ce biais reste prépondérant dans la politique de report modal

A croire que tout le monde est d’accord avec l’objectif, mais pas forcément avec les conditions nécessaires à son atteinte...!

🔍 Retrouver l'article complet "Fret : pourquoi le train n’a-t-il pas (encore) remplacé le camion ?" sur le site Polytechnique Insights :