Sélectionner Une Page

Demain, la France championne de "l’avion ultra-sobre", vraiment !?

Avant l’ouverture du salon du Bourget aujourd’hui, Emmanuel Macron annonçait vendredi un plan de soutien au développement de l'avion "vert".

Au menu :
👉 300 M€ par an soit un triplement des investissements pour développer des avions et moteurs plus efficaces
👉 200 M€ par an pour les carburants d’aviation durables (SAF en anglais) afin d’atteindre 6 % des carburants consommés en 2030, un effort substantiel dont les gains climatiques seraient annulés en 2 ans de croissance tendancielle du trafic… pour des biocarburants qui ne seront plus disponibles pour décarboner d’autres modes
👉 50 M€ pour les acteurs émergents avec France 2030, principalement pour développer les petits avions électriques et hydrogène (la décarbonation des jets privés financée par les contribuables, en quelque sorte…)

Comme d’habitude, c’est l’innovation qui est mise en avant pour décarboner le secteur, et rien n’est dit sur la sobriété du trafic.
Ou plutôt, à part pour dire :
👉 "L’aéronautique c’est 3 à 4 % des émissions mondiales. Alors on pourrait dire : on arrête tout. Pas une bonne idée."
👉 Voilà une belle manière de caricaturer la sobriété, en sous-entendant qu’elle signifierait de stopper l’aérien, ce que personne ne dit...

Ce qui est nouveau dans les déclarations, c’est cette phrase reprise dans quasiment tous les médias :
👉 "On doit être les champions de l’avion ultra-sobre"
👉 Le "ultra-sobre" est repris du projet Rise qui vise à développer un moteur d'avion 20 % plus efficace et adapté aux biocarburants ou à l’hydrogène

Le plan français de décarbonation de l'aérien parlerait-il donc (enfin) de sobriété ?
Voilà la définition du GIEC des politiques de sobriété :
👉 "Ensemble de mesures et de pratiques du quotidien qui évitent la demande en énergie, matériaux, sols et eau, tout en garantissant le bien être de tous dans le respect des limites planétaires"

Au vu de cette définition, le projet d'avion évoqué ne peut clairement pas être qualifié de "sobre" et encore moins d'"ultra-sobre".
Au mieux c'est de l'efficacité et de la décarbonation, mais pas de la sobriété.
D'autant qu'au vu des faibles gains évoqués, les voyages en avion resteront bien moins sobres en énergie et ressources que les modes alternatifs.

Après avoir regardé la couverture de nombreux médias en lien avec ces annonces, les articles ne questionnent
👉 Ni l'élément de langage de l’avion "ultra-sobre"
👉 Ni la temporalité des évolutions prévues ou le réalisme des objectifs de décarbonation
👉 Ni la nécessaire modération du trafic

Cela me donne l’impression que les médias n’ont absolument pas compris les enjeux de décarbonation du transport aérien, ni l’ampleur du décalage entre ce que prévoit le secteur et ce qui serait nécessaire pour l’aligner avec l’accord de Paris.

Tant que ce sera le cas, la population n’est pas près d’être bien informée sur le sujet et à repérer l’ampleur du greenwashing du secteur… et du gouvernement.