Sélectionner Une Page

A-t-on affaire à un "tournant historique" pour le marché automobile en France en 2022 ?

C'est en tous cas ce que suggère AAA Data dans la publication des données du marché des voitures neuves pour l'année 2022 (liens en commentaire).

A y regarder les données reprises ci-dessous sur 1955-2022 ⬇️
👉 L'année 2022 est exceptionnelle par le faible niveau de ventes (1,53 million), un niveau qui n'a pas été atteint depuis presque 50 ans
👉 Pour le "tournant" en 2022 vers "un marché qui structurellement ne progresse plus", il faudra attendre de voir si la baisse est durable, mais surtout la baisse ne date pas de 2022
👉 Depuis 1976, les ventes fluctuaient autour de 2 millions de voitures neuves par an. Mais depuis 2012, seules 3 années ont dépassé les 2 millions de ventes, après 13 années de suite (1999-2011) au-dessus de ce seuil. L'année 2022 fait donc suite à une décennie déjà moins dynamique et à 2 années très basses à 1,63 M de ventes, suite au Covid.

Il y aurait beaucoup à dire sur les implications et les bouleversements actuels du marché (j'y reviendrai), mais d'ores et déjà on peut se demander...
Parmi les 3 principaux types d'acteurs du marché (constructeurs auto, automobilistes, Etat / régulateurs), qui gagne et qui perd dans cette affaire ?

👉 De manière évidente, on pourrait se dire que les principaux perdants sont les constructeurs, qui vendent moins de voitures...
Eh bien non, car s'il y a bien des contraintes extérieures dans cette affaire (crise Covid, guerre en Ukraine, inflation, crise des semi-conducteurs et délais de livraison...), vendre moins fait aussi partie de la stratégie des constructeurs, notamment des groupes Stellantis et Renault : vendre moins, mais plus cher.
Et pour l'instant cette stratégie fonctionne, le 1er semestre 2022 de Stellantis ayant une "rentabilité inédite" et des "marges record".

👉 Les automobilistes apparaissent comme les grands perdants de cette tendance : les coûts d'achat augmentent sur le marché du neuf, en répercussion sur le marché de l'occasion aussi (où s'approvisionnent la grande majorité des ménages), le décalage est croissant entre leurs besoins et l'offre (véhicules de plus en plus sophistiqués et surdimensionnés), les délais de livraison s'allongent...
Et rien (ou pas grand chose) n'a été fait pour les aider à sortir de la dépendance à la voiture.

👉 Enfin, l'Etat (on pourrait ajouter l'UE), qui aurait dû jouer son rôle de régulateur depuis des années pour encourager une transition vers des véhicules plus sobres (pour des raisons environnementales et sociales), fait face à une situation non anticipée.
A ne pas vouloir orienter le marché vers des véhicules légers, il se retrouve avec une stratégie des constructeurs qui va à l'encontre des besoins de mobilité de la population, de leur pouvoir d'achat et des objectifs environnementaux nationaux...

Si le "tournant" se concrétise dans les mois et années à venir, inverser la tendance va demander une bonne dose de courage politique...!